Vous cherchez un chiffre, et il existe. Le Code du travail donne une règle de calcul en une phrase. Mais trois éléments viennent la compléter, et c'est là que la plupart des entreprises se trompent : le nombre de niveaux, la distance à parcourir, et les risques particuliers de vos locaux.
Voici le calcul complet, avec le texte exact de l'article, trois exemples chiffrés, et ce que coûte ensuite la vérification annuelle.
Ce que dit exactement le Code du travail
L'article R4227-29 du Code du travail, dans sa version en vigueur, est court :
« Le premier secours contre l'incendie est assuré par des extincteurs en nombre suffisant et maintenus en bon état de fonctionnement. Il existe au moins un extincteur portatif à eau pulvérisée d'une capacité minimale de 6 litres pour 200 mètres carrés de plancher. Il existe au moins un appareil par niveau. Lorsque les locaux présentent des risques d'incendie particuliers, notamment des risques électriques, ils sont dotés d'extincteurs dont le nombre et le type sont appropriés aux risques. »
Quatre obligations tiennent dans ces quatre phrases : un nombre suffisant, un entretien en bon état de fonctionnement, un ratio de surface, et un minimum par niveau. La dernière phrase, celle sur les risques particuliers, est celle qu'on oublie le plus souvent.
Le calcul de base, en trois étapes
Étape 1. Divisez votre surface de plancher par 200. Arrondissez toujours à l'entier supérieur : 300 m² donnent deux appareils, pas un et demi.
Étape 2. Comptez vos niveaux. Chaque niveau exige au moins un appareil, quelle que soit sa surface. Un sous-sol de 40 m² compte comme un niveau.
Étape 3. Retenez le plus grand des deux résultats. La règle des 200 m² et la règle du niveau se cumulent, elles ne se remplacent pas.
Trois exemples pour fixer les idées :
| Vos locaux | Calcul surface | Calcul niveaux | Minimum légal |
|---|---|---|---|
| Bureau de 150 m², un seul niveau | 1 | 1 | 1 appareil |
| Commerce de 420 m², un seul niveau | 3 | 1 | 3 appareils |
| Immeuble de 3 niveaux de 120 m² (360 m² au total) | 2 | 3 | 3 appareils |
Le troisième cas est le plus instructif : la surface totale n'appellerait que deux appareils, mais les trois niveaux en imposent trois. C'est l'erreur de calcul la plus fréquente chez les petites structures sur plusieurs étages.
Ce que le calcul de base ne couvre pas
Le ratio des 200 m² concerne l'extincteur à eau pulvérisée, celui qui traite le feu de matériaux courants comme le papier, le bois ou le textile. Il ne dit rien des autres risques, que la dernière phrase de l'article vous oblige pourtant à couvrir.
Selon les professionnels du secteur, les compléments les plus courants sont :
- un extincteur au CO₂ près des tableaux électriques et des salles informatiques, parce que l'eau et l'électricité ne font pas bon ménage ;
- un extincteur de classe F en cuisine professionnelle, pour les feux de graisses et d'huiles, qu'un extincteur à eau aggrave ;
- un extincteur à poudre ABC dans les zones de stockage de liquides inflammables ou de gaz.
Ces appareils s'ajoutent au minimum légal, ils ne le remplacent pas. Si vous ne savez pas quels risques votre activité présente, c'est précisément ce qu'un prestataire évalue lors de sa visite, et c'est la partie du devis qui mérite votre attention.
La distance à parcourir, l'autre contrainte
Le nombre ne suffit pas : encore faut-il qu'un extincteur soit atteignable rapidement. La règle communément appliquée par les professionnels veut qu'aucun point de vos locaux ne se trouve à plus de 20 mètres d'un appareil, distance ramenée à 15 mètres dans les établissements recevant du public.
Conséquence pratique : deux extincteurs suffisants sur le papier peuvent être mal placés. Un local en longueur, un entrepôt ou un couloir coudé demandent parfois un appareil de plus que le calcul de surface, simplement pour respecter cette distance. La norme NF S 61-919 précise également une hauteur de fixation maximale, autour de 1,20 mètre, pour que l'appareil reste accessible à tous.
Établissement recevant du public : la vérification annuelle et le registre
Si vous accueillez du public, une obligation s'ajoute. L'article MS 38 de l'arrêté du 25 juin 1980 modifié, qui régit la sécurité dans les ERP, impose une vérification annuelle des moyens d'extinction par une personne ou un organisme compétent. Le plan d'implantation et le relevé des vérifications doivent être portés au registre de sécurité de l'établissement.
Ce registre est le premier document qu'un contrôleur demande. Un parc d'extincteurs conforme mais sans traçabilité écrite vous place en défaut, alors que la dépense a été faite. Vérifiez que votre prestataire vous remet bien un rapport daté et signé après chaque passage, et que les mentions arrivent dans le registre.
Sur la fréquence et le contenu exact de cette intervention, notre page dédiée détaille tout : la vérification annuelle des extincteurs.
Qui peut réaliser la vérification
La norme NF S 61-919 encadre la maintenance des extincteurs portatifs et exige un personnel compétent, c'est-à-dire formé aux opérations qu'elle décrit. En pratique, cela signifie un technicien habilité ou une entreprise certifiée, pas un membre de votre équipe qui regarde le manomètre.
Rien ne vous empêche, en revanche, de faire un contrôle visuel vous-même entre deux passages : appareil bien présent, accessible, non déchargé, plomb intact, signalisation visible. Ce contrôle interne ne remplace pas la vérification annuelle, mais il évite de découvrir un appareil manquant le jour de l'inspection.
Ce que ça coûte
Les tarifs relevés chez les prestataires en 2026 s'échelonnent de 8 à 25 € HT par appareil pour la vérification annuelle, avec un cœur de marché autour de 10 à 15 €. Deux points font toute la différence sur la facture finale :
- le déplacement, souvent facturé à part, de 29 à 80 € par intervention selon les prestataires ;
- le volume, puisqu'un contrat annuel couvrant un parc de 6 à 15 appareils se négocie généralement entre 120 et 250 € HT, déplacement compris.
Autrement dit, un contrat devient plus intéressant qu'une intervention à l'unité à partir de quatre ou cinq appareils. Ces fourchettes sont indicatives et proviennent de sites de prestataires : seul un devis établi sur votre parc réel vous engage. Notre page sur le prix de la vérification et celle sur le contrat de maintenance entrent dans le détail.
Les trois erreurs les plus fréquentes
Oublier le minimum par niveau. C'est l'erreur du calcul purement arithmétique. Trois petits étages valent trois appareils, même si la surface totale n'en appellerait que deux.
Ne compter que l'eau pulvérisée. Un tableau électrique ou une cuisine change la nature du risque, donc le type d'appareil. Le nombre légal peut être respecté et la couverture rester inadaptée.
Laisser filer la vérification annuelle. L'article R4227-29 exige des appareils « maintenus en bon état de fonctionnement ». Un extincteur non vérifié depuis trois ans ne satisfait pas cette condition, même s'il est accroché au bon endroit.
Questions fréquentes
Est-ce que la règle des 200 m² s'applique à tous les locaux professionnels ? L'article R4227-29 figure dans la partie du Code du travail consacrée à la prévention des incendies sur les lieux de travail, il concerne donc les établissements employant des salariés. Les ERP relèvent en plus de leur propre réglementation, dont l'arrêté du 25 juin 1980.
Un extincteur de 2 kg compte-t-il pour le calcul ? Le texte parle d'un extincteur à eau pulvérisée d'une capacité minimale de 6 litres pour la règle des 200 m². Un appareil plus petit peut compléter votre dispositif, mais il ne remplit pas ce quota.
Faut-il aussi former le personnel ? C'est une question distincte, avec ses propres règles : nous la traitons dans notre guide sur le choix des équipements en entreprise.
Pour connaître le nombre exact et les types adaptés à vos locaux, le plus simple reste de faire chiffrer votre situation réelle par plusieurs prestataires certifiés : demander des devis gratuits.
Sources
- Article R4227-29 du Code du travail, texte intégral
- Calcul du nombre d'extincteurs par surface et distances applicables
- Maintenance des extincteurs portatifs, norme NF S 61-919
- Vérification annuelle en ERP et registre de sécurité
- Tarifs de vérification relevés en 2026
- Grille de prix de maintenance incendie